Guerre en Ukraine : après le sommet de l’Elysée, l’envoi de troupes européennes sur le terrain reste dans les limbes
Emmanuel Macron a reconnu, lors d’une réunion de la « coalition des volontaires », jeudi à Paris, que l’initiative franco-britannique « ne fai[sai]t pas l’unanimité ». D’autant que la perspective d’un cessez-le-feu demeure incertaine.

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Le premier ministre britannique, Keir Starmer, s’est, de son côté, réjoui de voir l’Europe « se mobiliser » pour la paix en Ukraine « à une échelle inédite depuis des décennies ». Mais lui-même évite désormais de parler de troupes au sol. « Le nombre de partenaires européens prêts à s’engager dépend de la présence des Etats-Unis », a reconnu M. Zelensky, lors d’un point presse distinct. La Suède ou les Pays-Bas conditionnent leur participation à l’appui des Américains en cas de heurts avec les forces russes. Or, le « filet de sécurité » (« backstop ») américain apparaît de plus en plus illusoire.
Au-delà des déclarations appuyées de Londres et de Paris pour apparaître plus déterminés que jamais, le projet paraît même enlisé. « S’il existe un noyau dur de pays prêts à participer a priori, les dernières réunions ont continué à brasser plus large, incluant un groupe d’Etats sceptiques mais désireux de suivre l’évolution du projet en tant qu’observateurs. On y trouve, par exemple, l’Allemagne et l’Italie », détaille Elie Tenenbaum, directeur du Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales. Le rôle des Polonais reste aussi flou, de même que celui des Turcs, clés pour le retour d’une navigation ouverte en mer Noire.
Sur le plan militaire, les débats se prolongent sur les composantes d’une force de garantie : en clair, savoir si une seule force aérienne suffirait – éventuellement basée en Pologne – ou si des forces terrestres, voire navales – en cas d’ouverture des détroits du Bosphore et des Dardanelles par la Turquie –, seraient nécessaires.
Le souci des Européens de ne pas trop effrayer leurs opinions publiques, en assurant que cet envoi de troupes serait conditionné à un cessez-le-feu, a transformé cette condition en un « prérequis, aujourd’hui instrumentalisé par la Russie, qui a compris que tant qu’il n’y aurait pas de cessez-le-feu, elle pourrait éviter un déploiement européen qui l’effraie », ajoute M. Tenenbaum.
Le grand risque, c’est qu’après avoir fait monter la mayonnaise et affirmé le principe de garanties de sécurité pour l’Ukraine la montagne n’accouche d’une souris, alors que la Russie n’a de cesse de dénoncer, par avance, une telle intervention, qu’elle considère comme un acte de guerre.
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